En 1970, l’áo dài disparaît de certaines écoles, frappé d’interdiction. Aujourd’hui, la robe longue et fluide s’impose comme un emblème du Vietnam, portée lors des grandes cérémonies. Les lois sur l’héritage, longtemps pensées pour écarter les filles, ont fini par céder sous la pression des mouvements sociaux et des réformes politiques.
Des lieux de mémoire existent, à commencer par le Musée des Femmes du Vietnam à Hanoï. Il rassemble des milliers d’objets, de récits et de traces du quotidien, pour raconter le long cheminement des femmes vietnamiennes à travers les générations. Les parcours exposés y révèlent des existences multiples, marquées par la diversité des traditions, des rôles et des ruptures.
Quel est le quotidien des femmes vietnamiennes aujourd’hui ?
Dans une société où tout se transforme à grande vitesse, les femmes vietnamiennes avancent avec une énergie singulière. Pilier de la famille depuis des siècles, la femme vietnamienne a pris une place centrale dans la vie publique. Depuis les réformes du Doi Moi dans les années 1980, les horizons professionnels et sociaux se sont élargis. Cette transformation se lit à plusieurs niveaux :
- accès élargi à l’éducation
- présence accrue sur le marché du travail
- ouverture à l’entrepreneuriat
Les chiffres sont éloquents : la majorité des jeunes femmes scolarisées poursuivent aujourd’hui des études supérieures. Elles investissent massivement les domaines du tourisme, de la santé, de l’enseignement ou du commerce. Un mouvement porté par l’Union des femmes vietnamiennes, institution fondée en 1930, qui milite activement pour l’égalité homme-femme et s’engage dans la lutte contre le trafic d’êtres humains.
Mais la réalité reste contrastée. Dans les campagnes et au sein des minorités ethniques, les femmes restent confrontées au mariage précoce, à la vulnérabilité économique et aux violences domestiques. Des campagnes de sensibilisation, soutenues par les autorités, s’attaquent à ces sujets sans détour.
Dans les rues de Hanoï ou de Ho Chi Minh-Ville, l’élégance discrète côtoie la force intérieure. Prendre soin de soi, affirmer une certaine finesse, cultiver la résilience : ces valeurs tissent un fil entre les générations. L’histoire, marquée par l’engagement des femmes dans les guerres, nourrit encore aujourd’hui une identité collective, partagée entre souvenirs et désir d’émancipation.
Traditions vestimentaires : entre héritage et identité
Le ao dai, tunique longue portée sur un pantalon, s’est imposé comme le signe distinctif de l’identité vietnamienne. Moins présent au quotidien dans les grandes villes, il reste indissociable des cérémonies, des fêtes nationales ou des mariages. Sa coupe épurée, son élégance sans ostentation, sa capacité à envelopper la silhouette tout en préservant la pudeur : l’ao dai incarne l’équilibre entre modernité et attachement à la tradition.
Le non la, ce chapeau conique tressé en feuilles de latanier, reste l’accompagnateur fidèle des femmes sur les marchés, dans les rizières ou à vélo. Sa silhouette ponctue encore les paysages ruraux, rappelant l’ancrage du quotidien dans la terre vietnamienne.
Mais la palette vestimentaire s’étend bien au-delà. Dans les montagnes et chez les minorités ethniques, chaque groupe, Hmong, Dao, Thai, Muong, Tay, valorise des habits propres, cousus à la main, chargés de broderies, parfois teints à l’indigo ou ornés d’argent. Ces tenues racontent l’appartenance, les étapes de la vie, le rang familial.
- L’ao dai symbolise la femme urbaine, instruite, actrice du renouveau économique.
- Les costumes traditionnels des minorités témoignent d’un savoir-faire transmis de mère en fille, d’une mémoire vivante.
La mode contemporaine puise dans ces racines. Créateurs et créatrices revisitent les coupes, expérimentent tissus et couleurs, mais conservent l’esprit du vêtement d’origine. Le vêtement devient alors langage, porteur d’une histoire plurielle.
Les musées et lieux culturels qui racontent la vie des femmes au Vietnam
À Hanoï, le musée des femmes du Vietnam veille tout près du lac Hoan Kiem. Il raconte par l’objet, la photo, le témoignage, le rôle des femmes dans la société vietnamienne : de la maison au front, du champ à l’assemblée. Sur trois niveaux, les collections ethnographiques croisent récits anonymes et grandes figures. La scénographie, immersive, met en lumière la pluralité des expériences féminines à travers les âges : maternité, artisanat, militantisme, conquête de droits, rien n’est laissé de côté.
À Hô Chi Minh-Ville, le musée de l’ao dai expose ce vêtement-phare dans toutes ses variations. Robes portées par des artistes, institutrices, héroïnes nationales, échantillons de tissus, croquis : chaque salle dévoile l’évolution du costume et son rôle dans la société. Ce musée pose une question centrale : comment les femmes investissent-elles l’espace public et forgent-elles l’image du pays ?
- Le musée des femmes du Vietnam revient aussi sur les luttes menées durant la guerre d’indépendance, rendant hommage aux résistantes, connues ou inconnues.
- Le musée de l’ao dai mêle textile, mémoire et récits de vie, offrant un regard vivant sur la créativité féminine vietnamienne.
Ces lieux ne se contentent pas d’aligner des vitrines. Ils racontent la ténacité, la transmission, les combats et les réinventions qui traversent la vie quotidienne des vietnamiennes.
Femmes vietnamiennes : des figures marquantes à travers l’histoire et la société
Parler de la culture vietnamienne conduit inévitablement à évoquer la présence singulière des femmes dans le roman national. Dès l’Antiquité, elles se démarquent par leur force et leur capacité à changer la donne. Les sœurs Trung (Trung Trac et Trung Nhi), personnages emblématiques, ont mené la toute première révolte contre la Chine au Ier siècle. Leur souvenir imprègne encore les esprits, quelque part entre le mythe et le fait historique.
Au XVe siècle, le Code Hong Duc introduit des droits de succession et de propriété pour les femmes : une avancée remarquable sur fond de société confucéenne. D’autres grandes figures se sont imposées au fil des siècles : Trieu Thi Trinh (Bà Triệu), parfois surnommée la “Jeanne d’Arc vietnamienne”, s’est dressée face à la Chine impériale. Bui Thi Xuan s’est illustrée dans la révolte du Tây Sơn.
L’époque moderne ne manque pas d’engagements forts. Nguyen Thi Dinh a pris la tête du mouvement Đông Khôi, Võ Thị Sáu a lutté contre la colonisation française, Đặng Thùy Trâm a laissé des carnets bouleversants sur la guerre du Vietnam. Ces destins s’inscrivent dans l’histoire collective : la participation active des femmes aux luttes pour l’indépendance et la réunification ne relève pas de l’exception, mais de la norme.
- Leur action dépasse le champ militaire : la fidélité et la résilience incarnées par la légende de Tô Thị se retrouvent dans la littérature, les arts, la mémoire vietnamienne.
Célèbres ou inconnues, ces femmes dessinent une identité faite de force tranquille, de subtilité et d’engagement. Leur empreinte traverse la société, indissociable du récit national vietnamien. Si l’on tend l’oreille, leur histoire résonne encore dans les rues, les musées et les foyers, rappelant à chacun que le Vietnam ne cesse de se réinventer au féminin.

